de nouvelles vies
 

 

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I

Lundi 28 mai 2001

      C’était bien cela, ce matin, j’ai découvert d’autres débris de coquilles. Les parents se relaient sans arrêt pour garder, ce que nous pouvons appeler, maintenant, le berceau. Comme ils ont un grand soin d’hygiène, ils emportent les morceaux des enveloppes protectrices, à l’extérieur

Mercredi 30 mai 2001

      Eh oui ! les choses continuent d’évoluer. Cette après-midi, j’ai trouvé de nouveaux morceaux d’œufs à l’entrée de la petite étable, coquille, sans doute lâchée par un bec trop chargé.

      CARUSO. C’est ainsi que j’ai appelé le copain de TETE BLANCHE, il faut dire que c’est un «sacré» chanteur. Il n’arrête jamais : dedans, dehors, il se fait toujours entendre, à tel point que je peux, les yeux fermés, dire quand il rentre dans le bâtiment.

Jeudi 31 mai 2001

      Que de travail pour les parents du nid de l’entrée ! Que d'allées et venues dans la journée ! Mais les nouveau-nés ont faim alors !…A tour de rôle, Papa et Maman apportent aux petits la becquée, ressortent, reviennent le bec plein de bonnes choses pour leur couvée. Pour l’instant, il n’est pas encore possible de voir les bébés, ils sont bien trop petits, guère plus gros que la dernière phalange d’un auriculaire de femme, (et encore à condition que celle-ci ait les doigts fins). Ils n’ont presque pas de duvet et leur corps minuscule est tout rose. Je pense qu’il me faudra attendre encore quelques jours pour les apercevoir mais, j’ai quand même observé qu’il y avait du mouvement dans le berceau…C’est amusant, quand Papa et Maman hirondelles parlent à leur progéniture, c’est un véritable murmure ; il faut être très proche du nid pour percevoir les doux sons qu’ils émettent, je trouve cela très touchant.

        Dans la petite étable, l’activité doit être la même mais je n’ai pas la possibilité de suivre l’évolution des choses de la façon identique, la plus grande partie de ma journée se passant dans la chèvrerie.

Dimanche 3 juin 2001

      Eh oui, ça y est ! la population des oiseaux a encore augmenté dans l’étable.

      Hier, CARUSO, m’avait paru très énervé : il ne supportait pas que TETE BLANCHE s’absente ; quand cela arrivait, il se perchait au-dessus du nid et attendait que sa compagne revienne. Dés le retour de celle-ci, il semblait se mettre en colère puis, repartait sur le fil du néon qui lui sert de perchoir.

      Au moment de fermer les bâtiments, j’ai ramassé la première coquille évacuée du nid : petite écale blanche tachetée de brun, relativement molle.

      Du coup, l’activité ne manque pas…

      Quant à nos premiers-nés, j’ai enfin pu apercevoir le sommet de leur tête (pas plus que quelques poils sur le crâne). Dès qu’ils sentent leurs parents approcher, ils se dressent pour récupérer la nourriture tant attendue, de vrais goinfres !

      Ils sont quatre et je les trouve très laids, de vrais petits E.T.

      Ce soir, j’ai pu les voir se dresser au moment où l’un des parents apportait la becquée, seulement quatre petites têtes, des petites têtes couvertes d’un duvet châtain et dont les becs semblent complètement disproportionnés par rapport aux têtes, bref, ils ne sont pas très beaux…

      Les parents apparemment, ne se contentent pas de nourrir les Bébés, j’ai l’impression qu’ils nettoient aussi la couche, je les vois  fouiller à l’intérieur du nid j’en déduis donc qu’ils font le ménage.

       L’observation va devenir encore plus sympathique.

Mardi 5 juin 2001

      Ils ne sont vraiment pas beaux nos nouveau-nés ! Leurs becs, maintenant bordés de jaune, sont de plus en plus disproportionnés par rapport à leurs corps et beaucoup plus souvent ouverts que fermés, prêts à recevoir la nourriture tant espérée. Ils passent moins de temps au fond du nid et semblent attendre Papa et Maman, avec impatience ; c’est inimaginable comme, en quelques jours, ils ont évolué !

      Quitte à passer pour une «loufoque», je dois avouer que je parle fréquemment avec mes invités, je m’adresse à eux avec les noms que je leur ai donnés. C’est amusant, quand j’interpelle TETE BLANCHE, elle hoche la tête tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, intriguée. CARUSO lui, s’arrête de chanter et cherche d’où vient le son entendu. Hier, je l’ai appelé alors qu’il était perché sur son fils électrique préféré et discutait seul, comme d’habitude. Surprise ! il a eu la même réaction que dans l’étable, c’était vraiment très drôle…

      En fin de soirée hier, je suis sortie dans le jardin, attirée par le vacarme que faisaient les hirondelles du coin, rassemblées pour leur ballet : un petit qui sortait certainement pour la première fois, s’était écarté du groupe et les adultes lui intimaient de regagner le clan. C’était une petite hirondelle blanche, ce qui laisse à penser que cette race est arrivée beaucoup plutôt que les miennes.

Mercredi 6 juin 2001

      Premiers gazouillis. Premiers  battements d’ailes. « Mais à l'intérieur du nid, l’évolution a beau être rapide, laissez-nous le temps de prendre conscience de notre personnalité ! »

      Notre jeune couple lui, semble inquiet : discussion au bord du cocon, regard interrogatif à l’intérieur de celui-ci, nouvel échange d’idées…Les événements, à mon avis, se précisent. Je pense que de nouveaux petits ne devraient pas tarder à voir le jour. Je n’ai pas encore réussi à apercevoir les bébés de notre couple star, peut-être demain…

Vendredi 8 juin 2001

      Sale journée hier !

      Quand je suis allée fermer les bâtiments, hier soir, j’ai trouvé, avec horreur, la mère du nid d’entrée morte.

      Que s’est-il passé ?

      Tout de suite, j’ai pensé qu’il s’agissait des méfaits du chat des voisins mais, après avoir ramassé le petit corps de l’oiseau, je n’ai trouvé aucune trace de griffure ni de morsure. Alors quoi ? A-t-elle avalé un insecte lui-même contaminé par les traitements que font les agriculteurs en ce moment ? A-t-elle été heurtée par une voiture : il ne fait pas beau ces derniers jours et les hirondelles volent au ras du sol ? Peu probable, je ne pense pas qu'elle ait pu rejoindre le nid. S’est-elle cognée contre la porte en entrant dans l’étable ? Etait-elle malade ? Je m’en serais aperçu : l'an dernier, lorsque qu’un des oiseaux avait des problèmes de ce genre, il était facile de s’en rendre compte : son plumage doublait de volume, la tête était tournée sur le côté enfouie dans les plumes et la petite bête ne sortait pratiquement pas dehors de la journée. Alors ? Je ne peux malheureusement pas trouver la réponse.

      A partir d’aujourd’hui, le père est seul à subvenir aux besoins de sa petite famille. Il va lui falloir travailler pour deux, ce ne sera pas facile, mais je sais qu’il y arrivera. Là où les choses vont se compliquer, c’est au moment où les petits vont prendre leur envol : encadrés par leurs parents, les jeunes courent moins de risques lors de leurs premières sorties en plein ciel. Il ne faut pas croire que les premiers battements d’ailes se font sans appréhension, je peux même assurer que certains ont très peur et doivent être bousculés par les parents pour se décider à agir.  

     J’ai de bonnes raisons d’être inquiète

     Je vais revenir sur le cas des oisillons que j’avais sauvés il y a deux ans. Lors de la première sortie, les quatre petits se sont envolés avec la mère, le matin. Aux environs de treize heures, un raffut terrible m’a attiré dehors. Il y avait dans le ciel, au-dessus du jardin, peut-être une centaine d’hirondelles et au milieu d’elles, un épervier tenant dans ses griffes une petite boule noire, j’ai tout de suite pressenti qu’il s’agissait de l’un de mes petits. Effectivement, en les recensant le soir, avant de fermer, il ne restait que trois bébés.        

      Mais c’est fou la solidarité qu’il peut y avoir entre les oiseaux de cette espèce, la témérité aussi, ils ne craignent pas de              s'attaquer à beaucoup plus fort qu’eux si la vie de l’un des leurs est menacée.

Dimanche 10 juin 2001

      Conseil pris auprès d’amis, les hirondelles blanches sont bien de la même famille que les miennes, il y aurait les hirondelles de cheminée et celle de fenêtre mais qui est qui ? Monsieur LAROUSSE n’a pu me renseigner pas plus que Monsieur ROBERT d’ailleurs !

      Les blanches feraient des nids ressemblant à ceux des guêpes, bien que plus gros évidemment, et les bâtiraient à l’extérieur.

      Mais revenons à nos amies.

      Nos petits jeunes sont beaucoup moins nigauds que je le pensais. Je ne me suis même pas aperçue que les petits étaient nés. Les parents ont fait disparaître les débris des coquilles sans que j'en trouve un seul, et déjà, les bébés gazouillent…J’ai pu apercevoir la jeune mère ingurgitant les déjections de ses petits, quelle hygiène !

      Ailleurs, nos jeunes mettent tous le nez au balcon et ouvrent un grand bec quand une hirondelle passe près du nid, espérant quelques gâteries.

      Quant à notre père, seul maintenant pour élever ses oisillons, le pauvre n’arrête pas de la journée, quatre becs à nourrir ce n’est pas rien ! Le soir, il est le premier rentré dans l’étable apparemment complètement épuisé. Pourtant, il n’est guère allé plus loin que le bout du jardin, mais ses allées et venues sont incessantes. Parfois, il me donne même le tournis.

Mardi 12 juin 2001

      Les nids sont disposés en triangle dans la chèvrerie. Tous, maintenant, servent de berceaux et il est curieux de pouvoir comparer l’évolution des jeunes occupants. C’est inimaginable, la progression se fait à une rapidité inouïe : dans le nid d’entrée, les aînés sont devenus de très jolis hirondeaux de plus en plus hardis, prêts à monter sur le bord de leur abri, ils sont superbes. Contrairement aux adultes, leur gorge est beige clair, plus tard elle deviendra rouge.

      Chez TETE BLANCHE, nos petits mettent de plus en plus le nez en dehors du nid mais, même s’ils ne sont nés que quelques jours après les aînés, ils sont beaucoup moins gros et ne manifestent pas leur appétit avec autant d’envie ; quant aux derniers-nés, ils commencent à se dresser pour récupérer le déjeuner apporté par Papa ou Maman, mais Dieu qu’ils sont laids !

       Les parents, eux, finissent les journées complètement fourbus, éreintés ; sur leurs fils, le soir, ils sont méconnaissables, en boule, la tête enfouie dans les plumes de leur épaule.

 

 


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