les bâtisseurs
 

 

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Jeudi 3 mai 2001

      La fin d’après-midi a été très belle, du coup l’activité s’est amplifiée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

      Des couples cherchent encore où bâtir leur nid et cela pose quelques problèmes avec les occupants des deux étables qui n’ont pas envie de partager leur espace. Une femelle est même venue avec des brins de paille pour essayer de «squatter» l’appartement de TETE BLANCHE. Il n’est pas nécessaire de relater la réaction des deux amoureux…

      Mais il serait temps de situer l’action de cette histoire.

      Cela a commencé il y a une dizaine d'années. Les hirondelles ont investi les deux étables où j’élève mes chèvres. Plusieurs nids ont été bâtis dans la petite étable, deux dans la chèvrerie. 

      Depuis, tous les ans, j’attends avec impatience le retour de mes oiseaux.

      Les nids ont donc été construits dans deux lieux différents, situés à quelques mètres l’un de l’autre.

Les habitants d’un même espace vivent ensemble tout en restant le plus près possible de «leur appartement» ; ils sortent le matin tous les quatre à-peu-près au même moment, rentrent le soir pratiquement les uns après les autres. Si dans la journée, un problème intervient, les deux couples s’épaulent et n’hésitent pas à venir donner un coup d’aile ou de bec, si besoin est.

Vendredi  4 mai 2001

      Que s’est-il passé hier soir dans la petite étable ?

Ce matin aucun des deux couples n'était présent. Pendant la soirée, j’avais bien entendu beaucoup de bruit, mais j’avais pensé qu’il s'agissait de rivalité quant à l’occupation des lieux. Etait-ce plutôt un des chats du voisinage ?

Par la fenêtre, je vois un couple qui semble vouloir réinvestir l'étable, il a certainement fallu une grande peur pour qu’il reste la nuit dehors !

      Je vais voir ce qui se passe.

      Ah ! il semblerait que le nid le plus vieux ait besoin d’un petit coup de restauration ! Alors, on s’affaire, quelques brins de paille glanés decimo delà redonneront à l’habitat plus de   confort et le rendront surtout plus douillet.

      Dans la chèvrerie, les choses aussi bougent. Apparemment, TETE BLANCHE et son compagnon ont envie de jouer les bâtisseurs, un nouveau nid est en construction. A mon avis, cela est dû à l’invasion du logement par les acariens (invasion constatée lors de la récupération d’un nid vide).

Samedi 5 mai 2001

      Le temps, est encore pourri ! Il pleut, fait froid et le vent est de la partie. Du coup, personne ne sort. A 10 h 30 les étables sont toujours l’abri idéal contre les intempéries. Je commence à m'inquiéter pour leur nourriture : il n’y a pas de mouches, ce qui fait peut-être, le bonheur des humains, mais pas celui de mes protégés.

Dimanche 6 mai 2001

      Hier soir, le copain de TETE BLANCHE n’est pas rentré. Il agit de la sorte chaque fois que je suis obligée d’entrebâiller la porte du bâtiment à cause du vent. En général, il revient dans la matinée.

      L’an passé, j’avais déjà eu ce genre de problème avec les derniers-nés de septembre : quand ils réintégraient leur demeure le soir, j’étais obligée de rallumer dans l’étable, l’obscurité leur faisant peur.

      Ce matin, un problème plus important apparaît. Il semblerait que le manque de nourriture se fasse sentir : à l’intérieur, les hirondelles volent très bas cherchant quelque pitance inexistante, cela me fait peur et je suis obligée de rentrer à la maison Céleste, le chat, de crainte qu’un drame arrive.

      Pour essayer de les aider à se nourrir, je vais acheter de la margarine et une pâtée spéciale pour oiseaux exotiques. J’ignore si cela va marcher, je l’espère de tout cœur... Dans le nichoir, à l'extérieur, j’ai mis le même menu pour les chardonnerets, qui sont arrivés il y a une dizaine de jours, et qui ne me paraissent guère plus heureux que les hirondelles. Il faut dire que la température est inférieure de 6 degrés à la normale saisonnière, ce qui n'arrange pas les choses, il serait temps que le soleil prenne le dessus sur la pluie !

Mardi 8 mai 2001

      Pas de succès avec mon plateau exotique ! Il n’éveille même pas la curiosité.

      « Une hirondelle ne fait pas le printemps » dit-on, il va falloir revoir cet adage, toutes sont là et pourtant, la saison du regain se fait attendre. Aucun changement quant à la météo, il fait toujours aussi froid.

      Mais revenons à nos oiseaux.

      Hier, Monsieur et Madame TETE BLANCHE ne sont pratiquement pas sortis de l’étable. Monsieur aurait-il attrapé un rhume la nuit précédente, passée dehors ! Nous avons encore eu, ce matin, la visite de l’ex de Monsieur, et comme chaque fois de grandes discussions s’engagent... Elle finit par me faire de la peine, elle est moitié moins grosse que ces congénères et toujours toute seule, que va-t-elle devenir ?

     Cet après-midi, le ciel, semble plus clément, du coup les allées et venues sont incessantes, et l’on se remet à chanter ! Ca va peut-être s’améliorer.

      DRAME ! Mais réponse à de nombreuses questions.

      En commençant mon travail, je me suis aperçue que, les planchettes contre lesquelles les nids avaient été bâtis, avaient ripé brisant les frêles constructions. C’est certainement  la cause de l’ébauche d’un nouvel abri et de la morosité de la veille qui devait  plutôt être du désespoir. Ceci dit, il est préférable que cela soit arrivé maintenant, plutôt que comme l’an dernier, où le nid était tombé avec les petits âgés d’à peine huit jours, un véritable drame pour les parents...

      Bref, j’ai consolidé l’armature et le couple a tout de suite compris que les choses allaient pouvoir s’arranger.

      Mais cela n’est pas aussi simple, où rebâtir ?   TETE BLANCHE propose l’endroit où se trouvait le premier nid. Lui, veut restaurer le nouveau. Alors on se dispute, on campe sur ses positions, on se fait la tête, et pour finir, on boude chacun de son côté...

      Je pense que la décision finale ne sera pas prise avant demain. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est de savoir si la construction peut se faire avant la ponte.

Mercredi 9 mai 2001

      C’est décidé ! Monsieur a gagné et c’est le nouvel appartement qui sera consolidé. Alors on bosse et on bosse dur !

      Inspection en fin d’après-midi : il n’y avait pas de quoi s'inquiéter, les travaux avancent à la «vitesse grand V», il faut dire que la journée a été particulièrement agréable, enfin ! et cela donne du cœur à l’ouvrage, le couple arrive même à travailler à l'intérieur du cocon.

     Tristesse quand même, la petite rivale essaye toujours de s'incruster mais TETE BLANCHE ne semble pas du tout d’accord pour faire ménage à trois.

Samedi 12 mai 2001

      Jeudi, un jeune couple a fait son apparition. Il semblerait que ce soit la petite exclue qui, enfin, aurait trouvé un fiancé. Le mâle a au bec, une toute petite tache blanche. J’aime imaginer qu’il s’agit du fils de TETE BLANCHE.

      Mais au fait, pourquoi TETE BLANCHE ?

      Tout simplement parce que, la partie inférieure de son bec et une partie de son cou sont blancs, alors...

      Mais revenons à nos «tourtereaux», qui après quelques difficultés à se faire accepter par les occupants officiels, ont quand même réussi à s’intégrer au groupe et décidé de s’installer dans l’étable.

      Evidemment, la discussion s’est engagée entre nos deux jeunes pour savoir où bâtir le nid, et c’était bien là un dialogue : l’un répondant à l’autre et vice versa. Cette fois encore, il m’a fallu intervenir, rajoutant une petite planchette à l’endroit choisi, pour permettre l’élaboration d’une construction plus solide et les travaux ont  ainsi pu démarrer.

      Je les regarde agir, ils sont loin d’avoir la dextérité des anciens ! On apporte un petit brin de paille, on essaye de l’intégrer aux bases de la future bâtisse, on l’enlève, on le colle à nouveau, on recommence trois ou quatre fois l’opération avant de trouver la place définitive...

      Je me demandais où mes oiseaux allaient chercher les matériaux servant à la construction des nids.

      J’ai eu la réponse l’autre jour. Devant les bâtiments de la ferme voisine, ils trouvent brins de paille, petits déchets de toute sorte, une véritable mine de trésors pour construire la demeure rêvée !  C’est l’une des rares fois où j’ai eu l’occasion de les voir se poser à terre. Ils étaient là, une dizaine cherchant les précieux matériaux, puis, s’envolant le bec chargé d’un morceau du futur nid.

      Mais parfois, les événements ne sont pas toujours aussi gais. Vers 18h30, j’ai vu mon petit monde rentrer en même temps dans l’étable, en général cela ne laisse présager rien de bon. En effet, un nouvel arrivant a fait son apparition. Même s’il est un bel oiseau, je ne l’aime pas beaucoup. Tous les ans il fait des ravages parmi les hirondelles et j’ai bien peur que nous ayons l’occasion de reparler de lui : évidemment, il s’agit de l’épervier

 

            


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